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Les conflits parents-enfants
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Résumé La théorie darwinienne prédit
que les parents et les enfants, ainsi que les membres dune même
fratrie, partageant 50% de leurs gènes, développeront des
stratégies de coopération mais aussi de compétition.
Mots-clefs conflit
parent-enfant, proximité génétique, gène égoïste,
compétition, coopération, Trivers.
Les trente dernières années ont connu
un important renouveau théorique du darwinisme. A partir des années
1960, lorsque les chercheurs savisèrent que la sélection
concerne dabord lindividu, et non pas le groupe. Et que la
seule chose que cet individu transmet dans la durée, ce sont ses
gènes, et non pas ses expériences de vie. Quand Darwin parle
de la survie et de la reproduction du plus apte, cest à la
survie et à la reproduction de ses gènes quil faut
dabord penser.
Ainsi observée depuis sa dimension moléculaire, lévolution
prend un tout autre visage. Les traits physiologiques, psychologiques
et comportementaux sont analysés comme des stratégies développées
par des gènes égoïstes pour mieux se
transmettre à la génération suivante. Cette hypothèse
a été très diversement reçue et certains ont
parlé de réductionnisme génétique .
La logique de ce néodarwinisme est pourtant aussi simple que solide.
Si un lion est un excellent chasseur, ses lionceaux vont en profiter et
bénéficier dun avantage adaptatif, en loccurrence
dune chance de survie supérieure à celle de lionceaux
moins bien nourris. Mais lorsquils seront devenus adultes, ces lionceaux
ne pourront se reproduire avantageusement que sils ont hérité
des qualités de leur père. Et dans la plupart des espèces,
ces qualités proviennent dune bonne dotation génétique,
pas dune bonne éducation !
Appliqué à la famille, le modèle néodarwinien
fournit des conjectures intéressantes. Elles ont été
formulées en 1974 par Robert Trivers, sous le label : Parent-offspring
conflict , le conflit parent-enfant. Dans toute espèce sexuée,
les parents et les enfants ne partagent que 50 % de leurs gènes,
de même que les enfants entre eux (la fratrie). Il existe donc un
mixte de coopération et de compétition. Plus précisément,
les parents ont plutôt intérêt à allouer les
mêmes efforts (ressources, énergie) à leurs enfants
présents ou à naître. Mais tel nest pas forcément
le cas des enfants : si par hasard les ressources deviennent rares, et
que la survie est en péril, chaque enfant a tout intérêt
à sattirer les meilleures grâces de ses parents
au détriment des autres ! Sur cette base, Trivers a déduit
que lenfant le plus faible du point de vue physiologique serait
aussi celui qui doit développer la meilleure guerre psychologique
pour attirer soin et attention sur lui.
Lhypothèse de Trivers a été diversement accueillie.
Richard Alexander, lui aussi spécialiste des comportements daltruisme
et de coopération, a souligné quun comportement aussi
égoïste chez un enfant procure certes un avantage à
court terme, mais se retrouve ensuite dans une descendance elle aussi
très égoïste, qui nuirait alors au parent. Dintenses
querelles mathématiques sen sont suivies, visant à
modéliser lévolution de tel comportement sur le long
terme. Ils ont plutôt donné raison à Trivers en montrant
quune stratégie de compétition au sein de la fratrie
peut être intéressante sous certaines conditions.
Que disent les faits ? Lhypothèse nest pas facile à
tester. Certaines observations ont néanmoins montré des
exemples de conflit parent-enfant. Chez les goélands argentés,
par exemple, le poussin de deux mois est déjà de grande
taille mais dépend encore des parents pour sa nourriture. Ceux-ci
montrent un comportement ambivalent envers la progéniture. Mais
le jeune goéland trouve la parade en prenant une attitude excessivement
soumise (tête baissée, ailes relâchées, corps
recroquevillé) afin de bénéficier encore de la générosité
parentale.
Le même problème se pose chez les troupes de babouins au
moment du sevrage : là, le jeune entre violemment en conflit avec
la mère et pousse de grands cris quand celle-ci lui refuse lallaitement,
ce qui met dailleurs en danger des animaux habituellement plus discrets.
Le fou à pieds bleus est un oiseau des Galapagos. Les portées
de poussins sont composées dun dominant et de dominés.
Lorsque la ration alimentaire est réduite, le dominant nhésite
pas à saccaparer toute la nourriture disponible et à
faire ainsi mourir ses congénères. Dès que lon
augmente la nourriture, le dominant se rassasie, mais libère ensuite
laccès pour le reste de la couvée.
Pour aller plus loin :
- Trivers, R.L., Parent-Offspring Conflict, American
Zoologist 14 (1974), 249-263.
- Mock, D.W., G.A. Parker (1997), The Evolution
of Sibling Rivalry, Oxford, New York, Oxford University Press.
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Charles
Muller
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