Darwin
est-il le premier à avoir conçu l’évolution ? |
| En fait,
Darwin utilise peu le mot "évolution". A son époque, on
parlait de "descendance modifiée" ou de "transformisme"
pour expliquer que les espèces ne sont pas fixes et évoluent dans
le temps. Cette hypothèse s’opposait au fixisme, c’est-à-dire à la
croyance religieuse en une fixité des espèces depuis la Création divine
de la Terre. Avant Darwin, des auteurs français comme Maupertuis ou
Lamarck avaient défendu une conception évolutive du vivant. Mais le
grand apport de Darwin fut d’expliquer comment les espèces
évoluent : le concept central de son uvre est ainsi celui
de “ sélection ” graduelle des variations les mieux adaptées.
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si
Darwin a raison, l’homme descend-il du singe ?
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| L’expression
“ l’homme descend du singe ”, utilisée dès le XIXe siècle,
est impropre et même fausse du point de vue scientifique. Les primates
vivant actuellement partagent tous un ancêtre commun, plus ou moins
éloigné dans le temps selon les espèces. Ainsi, le dernier ancêtre
commun de l’homme, du chimpanzé et du bonobo a vécu voici 6 à 8 millions
d’années, très probablement en Afrique. Cet ancêtre commun a ensuite
divergé en plusieurs espèces, dont beaucoup ont disparu : les
Australopithèques, par exemple, mais aussi certaines espèces du genre
Homo comme Homo erectus, Homo ergaster ou Homo neandertalensis. |
pourquoi les girafes ont-elles
un long cou ?
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Si vous répondez spontanément que c’est à force de tendre leur
cou pour attraper les feuilles, c’est que vous n’avez pas bien compris
le mécanisme des adaptations. En effet, si une telle explication
était valable, elle supposerait que les habitudes acquises au cours
de notre existence pourraient se transmettre à notre descendance.
Pourtant – tout le monde en conviendra –, il est faux de penser
que plus je lirai, plus mes enfants seront des lecteurs passionnés !
Mais alors, le long cou des girafes n’est-il qu’une bizarrerie de
l’évolution ? Oui et non. Oui, car c’est par hasard que sont
apparues des girafes ayant un cou un peu plus long que leurs congénères.
Non, car il s’agit bel et bien d’une adaptation, c’est-à-dire qu’un
long cou s’est révélé utile dans l’environnement des girafes.
La bonne explication est ainsi la suivante : dans les diverses
populations de girafes, celles qui avaient un cou un peu plus long
ont été avantagées par rapport aux autres (pour atteindre les feuilles
des branches dont elles se nourrissaient). Grâce à cet avantage adaptatif,
elles avaient de plus grandes chances de survie et donc de reproduction.
Génération après génération, les girafes au cou légèrement plus grand
sont devenues majoritaires. Or, ce mécanisme s’est répété : les
girafes ont eu un cou de plus en plus grand, d’où leur morphologie
actuelle. |
on dit que l’évolution procède de manière aléatoire, par pur hasard.
Mais comment expliquer l’apparente harmonie des espèces dans leur
milieu ? |
| L’évolution
ne procède pas par hasard ou plutôt, elle procède par “ hasard
et nécessité ”, selon l’heureuse expression du biologiste
et Prix Nobel français Jacques Monod. Le hasard intervient principalement
dans le caractère aléatoire des mutations génétiques (également dans
les modifications imprévisibles d’environnement géologique et climatique).
Mais le principe de sélection à l’œuvre dans l’évolution est précisément
un correctif du hasard : les effets physiques et comportementaux
des variations génétiques des individus sont plus ou moins adaptés
à leur environnement. Sur 100 mutations aléatoires, par exemple, 99
seront néfastes et entraîneront une reproduction moindre ou nulle
des individus qui en sont porteurs ; une seule sera bénéfique
et améliorera la valeur adaptative de l’individu. Donc, elle se transmettra.
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pourquoi parle-t-on d’une théorie “ synthétique ” de l’évolution ? |
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Darwin ignorait l’existence
des gènes. Les mécanismes de l’hérédité avaient été mis en évidence
par son contemporain, le moine morave Gregor Mendel, mais il faudra
attendre le début du XXème siècle pour qu’ils soient
redécouverts. Par ailleurs, les idées darwiniennes ont reçu un accueil
parfois hostile chez les biologistes. La théorie synthétique
(ou néodarwinisme) désigne l’unification de ces différentes disciplines
biologiques sous l’égide d’un “ paradigme ” commun, l’évolution.
Elle a d’abord été le fait des généticiens des populations comme
R.A. Fisher, T. Dobzhansky et S. Wright, puis des naturalistes et
systématiciens comme E. Mayr ou G.G. Simpson.
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dans les collections fossiles, il existe des
“ trous ” importants entre les espèces. Cela ne contredit-il
pas le caractère graduel de l'évolution ? |
| Non. La fossilisation est
un phénomène rare car elle demande des conditions géologiques et climatiques
bien précises. Il est par exemple difficile de trouver des fossiles
complets de squelettes humains, malgré des recherches intensives et
une certaine proximité dans le temps. Nous possédons cependant des
lignées évolutives assez complète, comme celle des Equidés et des
Cétacés, ou des exemples bien documentés d'évolutions graduelles de
certains phylums sur plusieurs millions d'années (comme les rongeur
du Quartenaire, étudiés par Jean Chaline). On connaît
aussi assez bien des épisodes de transition majeure, avec de nombreuses
espèces intermédiaires : des poissons aux amphibiens, des reptiles
aux oiseaux ou aux mammifères, etc. Par ailleurs, l'apparition d'une
espèce (spéciation) est un processus concernant une petite population,
sur une durée courte en temps géologique. Il est donc prévisible que
les vestiges fossiles soient rares. |
comment l'évolution peut-elle savoir à l'avance
ce qui sera bon pour l'espèce ? |
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Elle ne le sait pas ! C'est
une des raisons pour lesquelles toutes les espèces connaissent l'extinction,
pas seulement pour des causes catastrophiques comme la chute de
météorites géantes sur la Terre. Jusque dans les années 1960, les
chercheurs faisaient l'hypothèse d'une “ sélection de groupe ”
: certains individus sacrifieraient leur existence en vue du “ bien
de l'espèce ”. Mais il n'existe rien de tel dans la nature
: chaque individu agit en vue de sa survie ou éventuellement de
celle de ses proches apparentés. La sélection opère directement
sur les caractéristiques de ces individus, non sur celles des groupes.
Bien sûr, la modification graduelle des individus et de leur comportement
peut avoir des conséquences sur le groupe. Enfin, ce qui est “ bon ”
pour une espèce dans un environnement donné ne l'est pas forcément
dans un autre : l'adaptation est une interaction complexe entre
les gènes, les individus et les milieux. Il en résulte que le processus
d'évolution est ouvert et imprévisible sur une longue durée. Ce
qui était bon pour une espèce humaine voici deux millions d'années,
par exemple, ne l'est pas forcément aujourd'hui.
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un
organe aussi complexe que l’œil ne peut pas avoir été conçu au hasard,
par une somme de petites variations aléatoires. N’existe-t-il pas
un “ plan ”, un “ but ”, une “ finalité ”
dans l’évolution ? |
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Au XIXème
siècle, les disciples du théologien William Paley opposaient déjà
à Darwin un semblable argument. Chaque rouage d’une montre, remarquait
Paley, est parfaitement conçu pour que l’objet donne l’heure. Mais
aucune de ces rouages n’a été fabriqué et assemblé au hasard :
il existe donc un horloger du vivant (Dieu selon Paley, une volonté
directrice selon les vitalistes, etc.). Comme le remarquait Jacques
Monod dans Le hasard et la nécessité, l’homme éprouve un
grand inconfort psychologique à admettre le caractère aléatoire
de son émergence dans le vivant et tend à rechercher des “ preuves ”
d’un plan préétabli. Pourtant, l’évolution procède bel et bien de
variations survenant sans but établi à l’avance, par “ essai
et erreur ” : les innovations ratées, de loin les plus
nombreuses, sont abandonnées ; mais quelques innovations réussies
se maintiennent. Ainsi, entre les premières bactéries et l’apparition
de l’homme, il s’est écoulé environ 3,5 milliards d’années. Un organe
aussi complexe que l’œil humain n’est pas apparu d’un seul coup :
il s’est graduellement développé à partir des premières cellules
photosensibles, c’est-à-dire déjà capables de légères variations
chimiques en fonction du degré de luminosité ambiante. Quand on
dit que “ l’œil est fait pour voir ”, on pense souvent
que “ l’œil existe dans le but, dans la finalité de voir ”.
On prête ainsi une intention à la matière, ce qui est inévitable
car la psychologie humaine est de nature intentionnelle. Mais du
point de vue scientifique, l’énoncé correcte serait plutôt :
“ l’œil a pour fonction de voir ”. Il se trouve
que la vision a été adaptative dans l’histoire du vivant, non parce
que l’évolution l’avait planifiée, mais parce que les individus
ayant une meilleure perception de leur environnement sont légèrement
avantagés par rapport aux autres. Le cumul des avantages sélectionnés
sur une très longue durée aboutit à l’œil humain (aussi bien qu’aux
yeux, de fonction identique mais de structure différentes, des autres
espèces).
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l'évolution est une théorie interprétant le
passé, mais on n'a jamais pu l'observer à l'œuvre. N'est-elle pas
très hypothétique ? |
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Au contraire, nous avons
pu observer l'évolution à l'œuvre... à notre grand regret ! Les
bactéries, par exemple, se montrent de plus en plus résistantes
à nos antibiotiques. Il en va de même pour les arthropodes, dont
certains résistent de mieux en mieux aux insecticides. Dans ces
deux cas bien documentés, il s'agit d'un processus évolutionnaire
parfaitement prédit par la théorie. Certains individus mutants possèdent
des gènes ou des protéines de résistance : ils survivent donc mieux
que les autres car ils sont adaptés à l'environnement artificiel
imposé par l'homme (antibiotiques, insecticides). Il en résulte
une modification graduelle de l'espèce, avec prolifération des plus
aptes et disparition des autres.
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l'évolution est-elle synonyme de progrès ?
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Non. Parler de "progrès"
est un jugement de valeur. Mais en vertu de sa neutralité axiologique,
la science produit et ordonne des énoncés de fait. On constate un
certain nombre de constantes dans l'histoire du vivant. Par exemple,
depuis les premières bactéries jusqu'aux mammifères, les organismes
tendent à devenir de plus en plus complexes dans leur architecture
cellulaire et dans leur capacité de traitement de l’information.
De même, certaines fonctions adaptatives comme le vol ont été “ réinventées ”
à différentes époques et chez différents ordres au cours de l'évolution.
Mais il ne s'agit pas pour autant d'un progrès stable et continu.
Voici 70 millions d'années, les dinosaures étaient certainement
des animaux très adaptés à leur environnement : il a suffi d'une
modification brutale de celui-ci pour que l'avantage revienne plutôt
à des petits mammifères, dont nous sommes issus.
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si l'évolution favorise la survie des individus, pourquoi existe-t-il
des comportements altruistes ? |
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Cette question avait déjà
été posée par Darwin, qui faisait l'hypothèse (fausse) d'une sélection
de groupe. La solution a été apportée dans les années 1960 par William D. Hamilton. Ce chercheur a montré que le comportement altruiste doit s'interpréter
au niveau des gènes, et non pas à celui de l'individu. En se sacrifiant,
un individu voit disparaître tous ses gènes. Mais si son sacrifice
permet de sauver (par exemple) cinq individus qui partagent la moitié
de ses gènes, l'altruisme aura été génétiquement profitable : aux
100 % de gènes “ perdus ” correspondent 250 % ( 5 x 50
%) de gènes “ gagnés ”. Hamilton a appelé "valeur
adaptative élargie" (inclusive fitness) cette nouvelle
manière d'envisager l'action de la sélection adaptative. Elle a
été formalisée mathématiquement et confirmée par l'étude des insectes
sociaux
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le gène est-il le seul niveau pertinent pour
étudier l’évolution ? |
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Le gène est un des principaux
niveaux d’interprétation de l’évolution, mais il n’est certainement
pas le seul. Par
définition, la sélection opère sur des propriétés héritables : un
avantage adaptatif ne peut être mesuré que par sa capacité à se
transmettre. Par ailleurs, il faut que l’héritabilité soit établie
sur une durée assez longue pour que surviennent des changements
significatifs de fréquence. Les gènes représentent la plus petite
unité fonctionnelle correspondant à ce double impératif d’héritabilité
et de stabilité. Mais les gènes n’existent pas seuls : ils
coopèrent entre eux pour former un individu monocellulaire ou pluricellulaire,
dont l’existence dépend aussi des
ressources d’énergie disponibles dans son environnement. Le pression
sélective s’exerce en premier sur cet individu, qui est en quelque
sorte un système vivant complet et autonome. La réplication des
gènes dépend des interactions de cet individu avec son milieu (notamment
pour la nutrition et reproduction). Dans la mesure où toutes ces
interactions ne sont pas strictement déterminées par des gènes,
il existe nécessairement d’autres niveaux de sélection à l’œuvre
dans l’évolution.
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les plus aptes sont ceux qui survivent, ceux
qui survivent sont les plus aptes… la théorie de l’évolution n’est-elle
pas une tautologie ? |
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La notion de “ survie
du plus apte ” (survival of the fittest) prête à confusion.
Elle a été empruntée par Darwin à Herbert Spencer, sur les conseils
d’Alfred Wallace. En réalité, ce que prédit la théorie darwinienne
est l’existence de légères variations entre les individus (différences
physiologiques ou comportementales) dont certaines se révéleront
avantageuses dans diverses circonstances : reproduction sexuelle,
compétition interspécifique et intraspécifique, coopération au sein
du groupe, maîtrise des ressources de l’environnement, résistance
aux parasites, etc. Dès lors que ces variations sont positivement
et régulièrement corrélées à une fécondité et à une mortalité différentielles,
on peut parler de sélection d’un trait adaptatif, c’est-à-dire favorable
à l’individu par rapport aux autres individus de son espèce. L’adaptation
n’est pas “ ce qui survit ” (ce serait en effet une tautologie),
mais l’augmentation de fréquence des traits de prédisposition à
la survie.
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le grand épistémologue Karl Popper considérait que la théorie
de l’évolution est non scientifique, puisque non falsifiable :
toute espèce vivante à un moment donné est nécessairement adaptée
à son environnement, donc rien ne permet de vérifier l’hypothèse inverse…
Que faut-il en penser ? |
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La critique de Popper est
une version sophistiquée de l’argument de la tautologie. Stephen J.
Gould en a proposé une version littéraire : l’évolution darwinienne
comme récit “ panglossien ”, affirmant naïvement que “ tout
va pour le mieux dans le meilleur des mondes ” puisque tout
est adapté à tout. L’équivoque provient d’une mauvaise définition
de la valeur adaptative (fitness) comme une propriété formelle
à interprétation déterministe alors qu’il s’agit d’une propriété
fonctionnelle à interprétation probabiliste. A un moment donné de
l’évolution, les individus d’une population ne sont pas
tous également adaptés à leur environnement : c’est justement
de ce différentiel que naît la sélection. En fait, la théorie de
l’évolution permet bel et bien de formuler des hypothèses testables
et falsifiables concernant l’existence, la persistance ou la disparition
d’un trait plutôt qu’un autre dans l’histoire d’une espèce. Enfin,
tous les traits biologiques d’une population ne s’expliquent pas
par l’adaptation : il existe d’autres mécanismes à l’œuvre,
comme la dérive génétique ou les mutations “ neutres ”
par exemple.
Popper a fixé trois
critères de scientificité : être susceptible de falsification
par des données empiriques ; être testable par l’observation
et l’expérimentation ; faire des prédictions. La théorie de
l’évolution remplit ces trois critères.
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si les gènes inadaptés sont peu à peu éliminés,
pourquoi donc existe-t-il tant de maladies à détermination ou prédisposition
génétique ? |
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Il y a plusieurs explications
à cela. Tout d’abord, certaines maladies proviennent de mutations
aléatoires dans des régions instables du génome humain. D’autres
pathologies sont des expressions excessives de fonctions “ normales ” :
l’anxiété, par exemple, aide à maintenir la vigilance et l’attention,
mais elle peut aussi nourrir un trouble anxieux généralisé en raison
d’un environnement défavorable ou d’un génotype particulier (voir
entretien avec R. Nesse et G. Williams). Ensuite,
un même gène peut avoir plusieurs effets selon qu’il est hérité
d’un parent (hétérozygote) ou de deux parents (homozygote). On appelle
cela la pléiotropie. Par exemple, un gène muté qui provoque une
maladie grave (l’anémie à cellule falciforme) lorsqu’il est homozygote
est encore présent dans les populations d’Afrique, d’Europe méridionale
et d’Asie du Sud-Est. La raison en est simple : ce gène, lorsqu’il
est présent en un seul exemplaire (hétérozygote), protège ses “ porteurs
sains ” contre la malaria, maladie parasitaire endémique dans
ces régions du globe. Un gène de maladie peut donc être sélectionné
s’il protège contre une autre maladie. Enfin, l’espérance de vie
moyenne des humains n’a pas dépassé vingt ou trente ans au cours
des deux derniers millions d’années. L’évolution adaptative s’est
donc exercée sur la période qui précède et qui suit de peu l’âge
fertile. Or, la plupart de nos maladies (comme les cancers ou les
affections cardio-vasculaires) se déclarent à l’âge mûr. Les gènes
de prédisposition à ces pathologies ne diminuaient pas (et amélioraient
même peut-être) la valeur adaptative de nos ancêtres : voilà
pourquoi nous les subissons aujourd’hui, alors que notre espérance
de vie a très rapidement augmenté depuis deux siècles.
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Les lecteurs anglophones peuvent consulter un remarquable
FAQ sur Darwin et l’évolution à cette adresse :
http://www.talkorigins.org

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